| Ecrit par Administrateur,
le 26-01-2010 07:06
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Publié dans : Blog, News |
Dominique Violet, l'homme que le travail a rendu heureux zoom Dominique Violet et Chantal, son épouse, ont exercé comme masseurs-kinésithérapeutes à Mulhouse pendant 43 ans. « Soigner les autres m’a rendu heureux », aime à répéter ce thérapeute, malvoyant depuis l’adolescence. Photo Darek Szuster D’un tempérament volontaire et passionné, ce masseur-kinésithérapeute malvoyant a consacré sa vie à soigner les autres pour relativiser son propre handicap. OAS_AD('Position1');var tracking_object_registerer_80168197482331 = window.setInterval(function() { if(typeof(RMInteractionTrackingConduit) != "undefined") { clearInterval(tracking_object_registerer_80168197482331); tracking_object_8016819 = new RMInteractionTrackingConduit(8016819,7482331,""); }}, 100); C’était le 4 décembre dernier. À 20 h 30, Dominique Violet a tombé sa blouse blanche et tourné une dernière fois la clé de son cabinet mulhousien après avoir massé au profit du Téléthon durant ce vendredi. Une journée émouvante : « D’anciens patients sont revenus pour l’occasion. J’avais débuté ma carrière dans un centre de rééducation, traitant les enfants atteints de myopathie ou de poliomyélite. Je la terminais en offrant ma journée de travail à la recherche sur les myopathies. La boucle est bouclée d’autant plus que j’ai trouvé un successeur pour mon cabinet. » À 67 ans, il s’est enfin résolu à tourner la page. Ces deux dernières années, il avait réduit ses activités mais ne se faisait pas à l’idée de renoncer au va-et-vient des éclopés et handicapés en tout genre dans son cabinet. Encore moins à ne plus prodiguer de soins à domicile à des personnes gravement malades avec lesquelles il avait noué des liens si forts. « Le travail occupait toute ma vie : 70 heures par semaine pendant toute ma carrière, jamais en arrêt maladie. À soigner les autres, on se fait du bien. C’est émotionnel, c’est sensoriel, ça m’a rendu heureux. » « Toujours au-delà de mes possibilités » À ses côtés, il y avait toujours, et il y a encore, Chantal, son épouse. Une kinésithérapeute originaire de Thann, devenue son chauffeur, son guide, sa secrétaire, sa lumière. Car cette rétinite pigmentaire atypique, qui dans son enfance ne l’avait pas empêché d’apprendre à lire et à écrire, l’a plongé avec le temps dans une ombre de plus en plus épaisse. C’est en classe de 5 e au collège de Cherbourg qu’il a vraiment pris conscience de son handicap : « Je voulais apprendre le latin, mais je n’arrivais pas à déchiffrer le dictionnaire de latin-français. On m’a alors envoyé à l’institut des jeunes aveugles de Paris. Je n’y suis resté qu’un an. Cette boîte n’était pas faite pour moi : l’uniforme, la discipline, on n’était que des numéros… Mais j’y ai appris le braille, la musique, les échecs. » Sa famille le place alors dans une école pour aveugles de Clermont-Ferrand, tenue par les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul : « C’était familial, chaleureux. » Quelques années auparavant, ses parents s’étaient séparés : le jeune Dominique, aîné de quatre enfants, avait dû déménager avec son père et un frère à Cherbourg. Les deux plus jeunes étaient restés avec leur mère. « J’avais perdu ma mère et la vue… Je ne rentrais chez mon père qu’une fois par trimestre. C’était dur. Je dois tout à mon père, une vraie mère poule, et aux bonnes sœurs. Elles nous occupaient tout le temps. Entre la chorale, la religion et la fonction de servant de messe, on faisait le ménage, la vaisselle, du piano, du violon, du théâtre. J’étais loin des conflits entre mes parents, mais j’avais besoin d’être entouré. » À Clermont-Ferrand, l’adolescent est le boute-en-train de l’école, dirige un orchestre de variétés qui anime le bal Michelin de la ville, fait le mur et manque de se faire renvoyer, devient surveillant et conduit un groupe de sept aveugles en ville. Il refuse toujours d’être malvoyant : « J’ai toujours été au-delà de mes possibilités. Je voulais faire comme les autres. Aux scouts, je montais sur le pont de singe comme si de rien n’était. » Ce n’est que récemment, après avoir manqué de se fracasser le crâne contre un plot de béton de l’avenue Schuman à Mulhouse, qu’il s’est décidé à marcher avec sa canne blanche en ville. « Le handicap a été une chance pour moi » Devenu kiné parce que c’était « le plus beau débouché permis par l’institut de Clermont-Ferrand », Dominique Violet trouve son premier emploi à 21 ans, dans un centre de rééducation lorrain. Très vite, on le nomme chef de service. Mais la routine de l’établissement ne lui convient guère. Débordant d’énergie, il a besoin de se mettre à son compte. Et cela lui réussira. Il s’établit à Mulhouse en 1966 tout en créant le service de rééducation respiratoire Lalance à Lutterbach. Il se fait rapidement connaître des médecins et des clubs sportifs. À l’ASPTT athlétisme, il se remet à la course à pied, entouré par deux voyants, et il masse les sportifs. Plus tard, il devient le kiné des handballeurs de Riedisheim et le président du club : « J’ai participé à la fusion des clubs de Riedisheim (HBR) et Mulhouse (USOM). J’ai arrêté quand la mairie a contraint le MRHB à fusionner avec le FCM : c’était la fin du bénévolat. » Il s’engage aussi dans le syndicalisme professionnel. Aujourd’hui, la compagnie du Sarto, un club qui cultive l’amitié, la solidarité et la convivialité, lui sied mieux. Il y rencontre, comme au cabinet, des gens de tous horizons. Il y a deux ans, il s’est initié à l’informatique : une vraie révolution qui lui permet enfin de ne plus faire appel à Chantal pour lire ou écrire son courrier. Un exploit puisqu’en deux semaines de stage, il a réussi à maîtriser son matériel adapté à la cécité grâce à sa mémoire prodigieuse et à sa vivacité d’esprit. Dans sa maison de Riedisheim, il dispute des parties d’échecs à distance avec d’autres aveugles, zappe d’une station de radio à l’autre pour rester relié au monde, se détend en écoutant du Berlioz ou des airs d’opéra. Et il regarde son jardin avec ses mains, son nez, ses oreilles. Il parle de l’éclosion de la première rose, de la chute des dernières feuilles. Toujours émerveillé, toujours volubile, toujours positif. « Mon handicap a été une chance pour moi. C’est là que se situe mon envie de vivre. » Elisabeth Schulthess,http://www.lalsace.fr/f
Dernière mise à jour : 26-01-2010 07:07
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